Troupe immobilisée dans le monde de l’imagination

« Quant au sérieux du clown, il n’est ni animal ni cynique ; il est plein d’une tristesse qui, en reflétant le triste sort des hommes, rapproche leurs cœurs et, ce faisant, les allège. Ce n’est pas un hasard si aucun personnage de notre siècle n’a suscité autant de sympathie que le misérable personnage de Chaplin à ses débuts. La farce semble être devenue le dernier refuge de l’amour de l’homme, la dernière consolation de ceux que leur tristesse rend complices. Elle est tout ce qui pousse sur les terres désespérément arides de l’absurdité. Elle prouve que le réconfort des hommes est plus important que la signification de leurs actes, et que ce n’est pas le métaphysicien qui peut avoir le dernier mot, mais seulement l’ami de l’homme. »

« L’Obsolescence de l’homme », Günther Anders, 1956

Protée : Personne qui change constamment d’apparence, d’attitude ou d’opinion ; personne qui joue toutes sortes de rôles, de personnages.
Protéen : Qui peut prendre les formes les plus variées.
Protéine : Grosse molécule composée d’acides aminés présent dans tous les tissus de l’organisme.
Protéisme : Tendance à se transformer.
Protéo : Une compagnie de théâtre protéiforme.


Quand ces créatures existaient encore, Protée était un Dieu marin. Fils de l’Océan il avait la garde des troupeaux de phoque et des animaux marins. Protée savait prédire l’avenir, ses dons de medium étaient indéniables. Ce savoir-faire poussait souvent le monde alentour à le presser de questions. Pour y échapper, ne voulant pas révéler leurs tristes sorts aux hommes, Protée devenait animal ou élément. Mais après être devenu tour à tour serpent, oiseau, fleuve, brin d’herbe ou arbre, si on ne le laissait pas filer et qu’on persévérait : il se trouvait piégé et parlait.


Les pièces répétées au sein de Protéo sont des créations originales qui ont pour vocation première d’être belles. Ce serait une provocation de s’en tenir là, pourtant l’époque pousse à en faire une revendication. La beauté n’est pas partout et n’est pas non plus le choix du monde marchand et spectaculaire. Pourtant on veut être émerveillé avant d’être instruit, comblé, enivré et informé. Ressentir les joliesses d’une œuvre, c’est cela qui nous éduque et nous fait aller plus loin que notre appréciation au préalable. La beauté touche à notre esprit critique. Alors j’essaie de faire cela.


J’aime sortir d’une salle de spectacle avec la sensation qu’on s’est adressé à moi avec la plus grande sincérité possible et du mieux qu’on ait pu le faire. J’aime en sortir moins bête et plus élevée. Alors j’essaie de faire cela. Ecrire des spectacles qui ne mentent pas sur l’état des choses. Qui n’oublient pas non plus la condition sociale et politique des personnages qu’il présente – et plus loin des spectateurs qui assistent à lui. Je travaille en cherchant à montrer la vérité. Qu’elle soit crue, désespérée, absurde, prévisible je m’évertue à chercher ce qui est le plus proche de ce que je pense, de ce que je sens. Je ne cherche pas à plaire mais à partager. Les acteurs et les actrices m’aident pour incarner cette vérité. Et c’est un dur travail car cela demande de bien vouloir la regarder afin de lui faire honneur comme on aimerait. Et elle ne plaît pas toujours à celle ou celui qui la porte. Je pense que l’humilité, la dérision, le rêve et l’humour sont les meilleures armes pour l’affronter. Pour faire du théâtre il faut a minima digérer la part maudite des hommes et des femmes de ce monde. Alors j’essaie de faire cela.

Louise W

Un petit entretien improvisé avec Louise au Vivat en septembre 2020…

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