La Compagnie Protéo

Protée nous vient de la mythologie grecque. Il est ce « Vieillard de la mer » qui possède le don de se métamorphoser et de lire dans l’avenir. Il est donc un visionnaire qui peut prendre les formes les plus diverses. La langue française lui doit le mot « protéiforme ». Protéo en est une variation personnelle. 

La compagnie Protéo naît au printemps 2012 sous l’impulsion de Louise Wailly. Elle défend un théâtre physique, fou et sage, délirant et sérieux, à l’image de Protée. Depuis son premier spectacle Carmen Carmen en 2014, elle a développé un langage qui se situe toujours sur un fil entre le rire et le tragique pour convoquer l’absurdité du réel. 

La compagnie Protéo crée ses partitions tantôt en écrivant « à la table », tantôt en improvisant avec les acteurs. Son jeu emprunte à tous les styles, à tous les savoir-faire, mais avec comme principale matière le corps des acteurs. Protéo propose une vision de notre monde que l’on appelle « morosophique ». Les morosophes étant sous l’Antiquité des sages-fous qui révèlent au monde des vérités aberrantes. Comme nous le faisons avec la bombe atomique, la colonisation des Amériques, et bientôt les guerres de religion.

Carmen Carmen évoquait en 2014 les violences conjugales et le viol au sein du couple. Avec Une certaine dose de tendresse ou la conquête inachevée des Amériques en 2016, nous traversions l’Histoire avec ceux qui n’ont pas la parole, rendant hommage à la résistance indienne zapatiste. Ce spectacle est né de la rencontre de Louise Wailly avec des communautés indiennes du sud du Mexique. 

La compagnie s’est ensuite confrontée à la question de la Technique avec Suite pour une porte et un soupir, en mars 2017, un solo de jonglage diabolo coproduit par le Cirque de Lomme,  en jouant avec les limites du spectacle lui-même. 

Depuis 2017, la compagnie Protéo appuie ses réflexions sur le Progrès à travers la bombe atomique et la société nucléaire, avec L’Apocalypse selon Günther. Günther Anders est un philosophe autrichien du XX° siècle, connu comme un pionner du mouvement anti-nucléaire. Sa pensée traite des capacités d’auto-destruction de l’Humanité et de l’impossibilité de l’imaginer. Louise Wailly et Thomas Jodarewski, co-auteurs de l’Apocalypse selon Günther, se sont rendus au Japon en février 2019 pour approfondir cette « enquête » sur l’Histoire du nucléaire, la puissance matérielle autant que subjective de l’Atome, ses répercussions sur l’Humanité passée et celle qui vivra avec demain.  

Enfin, Protéo souhaiterait porter son regard sur les guerres de religion en Europe au XVI° siècle à travers la biographie et l’œuvre de Rabelais. Le grotesque et la satire seront une nouvelle fois convoqués. Plus prochainement, Louise Wailly va travailler sur un seul en scène autour du thème de la dépression et du suicide, qui connaît une hausse significative au XXI ème siècle, en co-conception avec Hans Limon. 

Si ces sujets sont lourds, ils sont néanmoins abordés dans des jeux truculents et poétiques qui forment des tableaux vivants démentiels. La compagnie s’inspire des forces inconscientes et les utilisent : les rêves, les projections mentales, les peurs, les fantasmes. En cela, c’est une amie du Surréalisme – en tant qu’elle révèle le surréalisme déjà-là de notre société moderne. Depuis sa création, la compagnie Protéo a également une vocation de transmission. Pour cela, la compagnie a mené de nombreux ateliers et stages dans la métropole lilloise, au Centre régional des arts du cirque de Lomme, au théâtre Massenet mais aussi au sein du collège Marie Curie d’Arras dans le cadre d’un partenariat avec la DRAC.

Celles et ceux qui ont fait ou font la compagnie par leur passage ou leur présence :

Fanny Bayard, Camille Brilloit, Maël Bougeard, Camille Dupond, Anthony Drion, Djamel Hadjamar, Catherine Hugebaert, Loic Lefoll, François Lestrade, Frédéric Lhomme, Coline Marescaux, Carolina Munoz, Fabiana Montovanelli, Brice Nougues, Maxime Petit, Louis Pick, Simon Pillan, Marion Prouvost, Maxime Séchaud, Tomjo, Michaël Wiame, Raphaëlle Wicquart…